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Les œuvres supports : Diapositives

 

Le film diapositive est issu du développement d’une pellicule inversible (positive). Contrairement à la pellicule négative, la diapositive peut être visionnée directement ou à travers un projecteur à diapositives. La diapositive a un format identique à la pellicule 35 mm utilisée dans l’industrie cinématographique.

 

La diapositive a été largement utilisée dans la production artistique des années 1960 à 1980 et se retrouve dans les collections muséales. Depuis l’émergence de la photographie numérique, ce médium a été peu à peu abandonné, l’industrie cessant de produire certains types de pellicule et les laboratoires de développement devenant de plus en plus rares. Cette obsolescence pose des problèmes de conservation pour les œuvres diapositives acquises par les institutions.

 

Entreposage des originaux

Les pratiques de conservation des diapositives et des pellicules filmiques sont déjà bien établies. Plusieurs documents détaillent et recoupent les mêmes informations à cet effet. Il faut être conscient qu’il existe des différences entre la conservation de diapositives couleur et achromes (noir et blanc), la couleur étant plus sensible à la détérioration. Les conditions d’entreposage devront être différentes selon le type de diapositives à conserver.

 

Outre la manipulation, la pellicule est sensible à quatre éléments qu’il est possible de contrôler : la température, l’humidité ambiante, la lumière et les polluants. Un film sérieusement abimé ne peut pas être restauré. Par contre, si les dommages sont constatés au début de la détérioration et que la pellicule est par la suite conservée dans les meilleures conditions, elle peut être préservée pendant encore plusieurs années dans cette condition.

 

L’image couleur présente sur la pellicule est le produit de colorants organiques instables. Les réactions chimiques à l’origine de l’image se prolongent de façon continue et une température basse permet de les ralentir. Le contrôle de l’humidité est un élément clé de la conservation de la pellicule. Une diapositive exposée à long terme à un niveau trop élevé d’humidité et sans mouvement de l’air ambiant (au-delà de 90 %) sera attaquée par des moisissures. À l’inverse, sa conservation dans des conditions arides la fragilise et peut déformer le film. L’humidité provoque l’instabilité des colorants et modifie la coloration. De plus, les polluants contenus dans l’air ambiant altéreront davantage les films si l’humidité est mal contrôlée [1].

Les diapositives doivent être entreposées à l’obscurité dans des contenants d’entreposage qui utilisent des matériaux neutres ne perturbant pas les émulsions. Les diapositives ne doivent pas être enfermées dans une pochette scellée qui ne les laisserait pas respirer. Certaines pratiques tendent à démontrer que les caches protecteurs de verre que l’on place sur les diapositives favorisent l’apparition d’arborescences [2] en créant un espace d’où l’humidité ne peut s’échapper facilement. Si les caches en verre sont à proscrire pour l’entreposage, ils offrent toutefois une bonne protection contre les agressions physiques (poussières, rayures, etc.) lors des séances de projection. Les caches permettent également de faciliter la mise au point, car ils empêchent les diapositives de se déformer sous l’effet de la chaleur émanant de la lampe.

L’entreposage des diapositives à l’intérieur de feuillets de type « Panodia [3] » comporte un risque semblable à celui qu’occasionne l’utilisation des caches en verre, car les feuillets laissent difficilement respirer la diapositive. S’il est inévitable d’utiliser les feuillets de type « Panodia », ils doivent alors être suspendus à l’intérieur d’un compartiment de rangement (boîte, classeur). Dans le cas contraire, s’il y a une pression physique sur le feuillet, ce dernier peut endommager les diapositives en y adhérant [4] [5].

À la lumière de ces faits, il vaut mieux ne pas utiliser les caches de verre et les feuillets « Panodia » pour l’entreposage des diapositives. « Les montures des diapositives peuvent être en carton, en plastique ou en métal; aucun de ces matériaux cependant n’offre une protection idéale; les montures en plastique à cadre ouvert sont acceptables [6]. »

Bien qu’ils soient un peu encombrants, les feuillets de rangements rigides Saf-T-Stor® [7] offrent une très bonne solution de rangement. Leur conception permet à l’air de circuler librement entre les diapositives tout en les protégeant adéquatement [8].

 

Conditions d’entreposage idéales des diapositives et des pellicules filmiques achromes (noir et blanc) [9]

 

Support Température maximum Taux d’humidité relative
Acétate 2 °C
5 °C
7 °C
20-50 %
20-40 %
20-30 %
Polyester 21 °C 20-50 %

 

- À défaut de pouvoir atteindre ces températures idéales, il faut considérer que plus la température est basse, mieux sera conservée la diapositive.

- Les fluctuations de température ne doivent pas excéder plus ou moins 2 ºC sur une période de 24 heures.

- Les fluctuations du taux d’humidité relative ne doivent pas excéder plus ou moins 5 % sur une période de 24 heures.

 

Conditions d’entreposage idéales des diapositives et des pellicules filmiques couleur [10]

La lumière et la chaleur sont des facteurs importants de la dégradation de la pellicule couleur. L’exposition à long et moyen terme à la lumière cause l’atténuation de l’image, certains colorants se détériorent même lorsqu’ils sont conservés à l’obscurité. L’entreposage à basse température avec un taux d’humidité contrôlé semble être le seul moyen de ralentir le processus de détérioration de la pellicule couleur.

 

Support Température maximum Taux d’humidité relative
Acétate -10 °C 20-50 %
Polyester -3 °C
2 ° C
20-40 %
20-30 %

 

- À défaut de pouvoir atteindre ces températures idéales, il faut considérer que plus la température est basse, mieux sera conservée la diapositive. Par exemple, le MBAC conserve son matériel photographique couleur dans une voûte où la température est maintenue à 4 °C [11].

- Le taux d’humidité relative ne doit pas excéder 50 %

 

Mise en vue

La projection de diapositives crée un environnement dont les conditions extrêmes ont des effets négatifs sur la pellicule (conditions de chaleur et de luminosité élevées). C’est pourquoi il ne faut jamais utiliser les originaux pour la mise en vue d’une œuvre.

 

Duplication

Un des grands enjeux de la conservation des diapositives est la duplication des positifs originaux. Idéalement, les institutions essayeront d’obtenir les originaux ou les copies sous-maîtresses d’une œuvre lors du processus d’acquisition afin de pouvoir les copier, copies qui serviront à sa mise en vue.

La compagnie Kodak a annoncé le 22 juin 2009 l’abandon définitif de la production de sa pellicule positive Kodachrome 64 [12], dernière représentante de la populaire gamme Kodachrome [13]. Utilisée en grande partie pour l’entreposage dans les collections des musées, la Kodachrome avait l’avantage de présenter une durée de vie des teintes très supérieure à toutes les émulsions couleur, même les plus récentes. Dwayne’s Photo, dernier laboratoire au monde à traiter le film Kodachrome, a annoncé qu’il n’offrirait plus le support de la pellicule après décembre 2010 [14]. Cet abandon signifie la fin pour une solution de conservation fiable qui a fait ses preuves, tout en permettant la mise en vue de l’œuvre, donc son usage.

 

La duplication d’une diapositive à une autre est toujours possible, puisque les compagnies Kodak et Fuji, entre autres, continuent de produire respectivement leurs pellicules Ektachrome  [15] et Fujichrome [16], deux produits populaires auprès des musées [17].

Deux procédés coexistent pour la duplication de diapositives. La duplication analogique est le moyen conventionnel en photographie de reproduire une diapositive à l’aide d’un duplicateur. Ce procédé est délicat, car la personne exécutant la duplication doit user de subjectivité afin d’ajuster au mieux avec l’aide de filtres spéciaux les contrastes et les teintes. Une fois que le film a été exposé, il doit être développé de la même manière dont l’a été l’original et il n’est plus possible de corriger les teintes, les contrastes ou la netteté. Bien qu’elle ne soit pas très compliquée à exécuter et qu’il est encore possible de faire développer des positifs en laboratoire, la duplication analogique est menacée d’obsolescence par la progression très rapide de la photographie numérique.

La duplication numérique est un procédé hybride qui combine les technologies analogiques et numériques. La diapositive originale est numérisée à l’aide d’un scanner et enregistrée sur un ordinateur. Chaque couleur fondamentale de la synthèse additive (vert, rouge, bleu) est traitée séparément en étant convertie en valeur numérique. Ces données peuvent ensuite être transférées vers un support donné pour une projection numérique, ou reconverties en données analogiques afin de recréer une nouvelle diapositive.

 

Le MBAC a utilisé des pellicules orthochromatiques pour la duplication de certaines œuvres diapositives noir et blanc soumises à des temps d’exposition très élevés. Cette pellicule présente l’avantage d’offrir une durée de vie et une résistance à la décoloration très supérieure à une pellicule panchromatique conventionnelle. Sa grande résistance permet de réduire significativement le nombre de duplicatas pour une œuvre en noir et blanc. Malheureusement, cette pellicule est en voie d’obsolescence [18].

 

Comme le souligne Ainsley Walton [19], le coût de la duplication peut devenir un problème pour les institutions. Une œuvre qui intègre la projection de diapositives peut fonctionner sans interruption pendant plusieurs semaines; les diapositives sont alors soumises à des conditions de chaleur et de luminosité que l’on peut facilement qualifier d’extrêmes. Dans de telles conditions, les diapositives se dégradent très rapidement et doivent être régulièrement remplacées durant la période de mise en vue, et c’est pourquoi l’institution doit faire l’acquisition d’un très grand nombre de copies de la même reproduction diapositive, augmentant ainsi de façon très importante le coût total de l’exposition.

Compte tenu de l’imminente obsolescence de la duplication de diapositives ainsi que le coût élevé de cette dernière pour les institutions propriétaires des collections désirant préserver et mettre en vue leurs œuvres, il est intéressant d’explorer de nouvelles avenues pour la duplication. Ainsley Walton relate une expérience de duplication qui a été menée sur une œuvre de Michael Snow. Afin de réduire les coûts de production des duplicatas, les responsables de la préservation de l’œuvre ont utilisé de la pellicule filmique 35 mm [20] pour fabriquer les diapositives d’exposition. Cette nouvelle stratégie a le double avantage de réduire les coûts et d’ouvrir une nouvelle voie à la préservation de la duplication de diapositives. Bien que les techniques numériques soient de plus en plus utilisées dans l’industrie cinématographique, la pellicule argentique semble vouloir persister dans le milieu du cinéma pour encore de nombreuses années [21].

 

 


[1] Groupe de travail sur la conservation des collections du sous-comité des bibliothèques, Synthèse des normes applicables à la conservation et à la manipulation des documents sur support filmique et sur plaque de verre, Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec,  http://www.crepuq.qc.ca/documents/bibl/Normes_films/normes_films.htm.

[2] Les arborescences sont des moisissures qui grugent la pellicule diapositive en traçant des chemins arborescents. 

http://www.diaporamaforum.com/forums/index.php?showtopic=1952

[3] Feuillets de rangement en polypropylène popularisés par la compagnie Panodia.

[4] Forum Chassimages, "Stockages diapos", http://www.chassimages.com/forum/index.php?action=printpage;topic=19818.0.

[5] Henry Wilhelm et Carol Brower, “Handling and Preservation of Color Slide Collections”(chapitre 18), in The Permanence and Care of Color Photographs: Traditional and Digital Color Prints, Color Negatives, Slides, and Motion Pictures, Grinnell (Iowa), Preservation Publishing Company, 1993, 744 p.

[6] Groupe de travail sur la conservation des collections du sous-comité des bibliothèques, Synthèse des normes applicables à la conservation et à la manipulation des documents sur support filmique et sur plaque de verre, op.cit.

[7] Les feuillets de rangements Sat-T-Stor® sont largement utilisés dans les musées ainsi que dans les institutions d’archives.

[8] Henry Wilhelm et Carol Brower, “Handling and Preservation of Color Slide Collections”, op.cit.

[9] Groupe de travail sur la conservation des collections du sous-comité des bibliothèques, Synthèse des normes applicables à la conservation et à la manipulation des documents sur support filmique et sur plaque de verre, op.cit.

[10] Ibid.

[11] Voir Ainsley Walton, Sommet DOCAM 2007.

[12] Kodak, "Kodak Retires KODACHROME Film; Celebrates Life of Oldest Film Icon in its Portfolio", http://www.kodak.com/eknec/PageQuerier.jhtml?pq-path=2709&pq-locale=en_US&gpcid=0900688a80b4e692.

[13] Le principe de développement de la pellicule Kodachrome est très complexe. Le film lui-même se caractérise par trois couches superposées représentant chacune une couleur fondamentale de la synthèse soustractive (jaune, bleu, rouge) et étant développée successivement. Le rendu de la Kodachrome se caractérise par des couleurs vraies qui ne sont pas trop saturées, à l'opposé des films inversibles modernes aux couleurs souvent trop vives. Cette pellicule, d’un fort contraste et d’une netteté impressionnante, offre une facture agréable et très caractéristique, ce qui explique qu’elle a été largement utilisée par les professionnels de l’image au cours des dernières décennies.

[14] Dwayne's Photo, "Kodachrome — The End of an Era", http://www.dwaynesphoto.com.

[15] Contrairement au Kodachrome, le procédé de fabrication et de développement de l’Ektachrome est plutôt simple puisqu’il est analogue à la pellicule négative traditionnelle. À ce jour, Kodak n’a pas émis de communiqué quant à un éventuel abandon de sa pellicule inversible couleur Ektachrome.

[16] Le procédé Fujichrome est similaire au Kodachrome puisqu’il sépare les couleurs en trois phases.

[17] Henry Wilhelm et Carol Brower, “Handling and Preservation of Color Slide Collections”, op.cit.

[18] La pellicule orthochromatique présente de très forts contrastes et un grain très fin, ce qui lui confère une netteté exceptionnelle qui la destine entre autres aux applications techniques et scientifiques ainsi qu’à la reproduction. C’est une pellicule d’argenterie, qui est aujourd’hui, difficile à se procurer.

http://www.mahn.net/DL_MAHN/ORTHO_fr.pdf et http://objectif-argentique.com/le_film.htm

[19] Voir Ainsley Walton, Sommet DOCAM 2007.

[20] Le format de la pellicule 35mm est le même que celui de la diapositive. Il suffit de découper la pellicule et de l’insérer dans un cadre support.

[21] Même si plusieurs films sont aujourd’hui tournés en numérique, la plupart des salles de cinéma ne sont équipées que de projecteurs analogiques; les films numériques sont donc transférés sur des bobines de films analogiques pour la projection en salle. Par ailleurs, les différents protagonistes (réalisateurs, critiques, producteurs, etc.) de l’univers du cinéma manifestent une réelle volonté à continuer d’utiliser la pellicule pour les tournages de films car ils éprouvent un attachement artistique au médium.

 

Groupe de travail sur la conservation des collections du sous-comité des bibliothèques, Synthèse des normes applicables à la conservation et à la manipulation des documents sur support filmique et sur plaque de verre, Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec, 2001, document en ligne, http://www.crepuq.qc.ca/documents/bibl/Normes_films/normes_films.htm.