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Le Modèle documentaire de DOCAM


INTRODUCTION


Le Modèle documentaire de DOCAM propose un cadre permettant de structurer le « Dossier numérique d’œuvre » qui rassemble, organise et rend accessible la documentation créée par différents contributeurs tout au long du cycle de vie d’une œuvre d’art médiatique. Il prend ici la forme d’une interface de visualisation permettant d’illustrer les liens entre les documents, leurs producteurs, les différentes étapes du cycle de vie de l’œuvre, ses itérations successives et ses composantes.

 

Le modèle documentaire de DOCAM a été conçu en tenant compte des paramètres suivants :

 

• Exhaustivité des agents (producteurs et utilisateurs), sources et types de documents

• Spécificité des œuvres d’art médiatique

• Cycle de vie de l’œuvre

• Description hiérarchisée de l’œuvre

 

La documentation est ici abordée comme source d’information ayant plusieurs rôles, selon les usages et les moments. Elle sert d’abord, dès la conception de l’œuvre, à l’artiste et à ses collaborateurs, qui en sont d’ailleurs les premiers producteurs. Au fur et à mesure de son développement, la documentation dessert un auditoire de plus en plus large : du conservateur au commissaire et à la critique d’art, jouant un rôle important pour la médiation, la diffusion et l’histoire de l’art. Ensuite, et souvent en parallèle, la documentation est utilisée et développée dans le contexte de diverses actions et activités telles que l’installation, la préservation, la restauration. S’enchaînent, avec le temps, la réinstallation et la recontextualisation. Plus tard, on peut imaginer l’utilisation d’éléments documentaires à des fins de compensation, visant à remédier aux diverses « pertes » ou dégradations subies par l’œuvre, provoquées principalement par l’obsolescence technologique de ses composantes. Ultimement, la documentation est ce qui survit à l’œuvre. Elle en devient le témoin historique, parfois en supplément à quelques fragments et reliques.

 

 

Exhaustivité des agents (producteurs et utilisateurs), sources et types de documents

 

Le Modèle documentaire de DOCAM propose de considérer le plus grand nombre possible d’agents (tant producteurs qu’utilisateurs et tant individuels qu’institutionnels), de sources d’informations ainsi que de types de documents.

 

Parmi les producteurs et utilisateurs d’informations se retrouvent les artistes, leurs collaborateurs, les conservateurs, les historiens de l’art, les critiques, les technologues, les catalogueurs, les restaurateurs, etc. Selon les moments du cycle de vie de l’œuvre, chacun de ces agents peut être producteur, utilisateur, dépositaire ou diffuseur.

 

Les sources d’informations les plus courantes sont les archives de productions de l’artiste, les dossiers de conservation, les dossiers de restauration, les dossiers d’archives muséales, les dossiers de presse et des dossiers produits par des projets de recherche tels que DOCAM.

 

Le Modèle s’appuie également sur la plus grande quantité de types de documents possibles. Ceux-ci peuvent même inclure des éléments de l’œuvre tels que du code, du « contenu » visuel ou sonore propre à l’œuvre. Une typologie des documents a été créée et est consultable ici.

 

Le Modèle documentaire de DOCAM doit donc tenir compte des éléments suivants : qui sont les producteurs de cette documentation et qui en sont les dépositaires? Il doit pouvoir regrouper divers éléments, souvent hétéroclites, provenant de plusieurs intervenants et s’accumulant au fur et à mesure de l’évolution de diverses activités entourant l’œuvre, depuis la recherche antérieure à la production, en passant par les différentes étapes d’acquisitions, d’expositions, puis de restauration et allant parfois jusqu’à un moment ultime de constat de « disparition » de l’œuvre, lorsque la distance entre les effets initiaux produits par l’œuvre originale et ceux produits par les éventuelles technologies de remplacement devient inacceptable, la documentation devenant la seule trace accessible de l’œuvre.

 

La documentation est produite, captée, générée et conservée pendant chacune de ces étapes, et ce, bien sûr, par divers intervenants ayant chacun un point de vue différent et complémentaire sur l’œuvre.

 

Cette approche exhaustive de la documentation est également sensible aux nouvelles stratégies de documentation, adaptées à des aspects spécifiques des arts médiatiques tels que l’interactivité. Dans un tel contexte, il importe par exemple de documenter l’expérience du spectateur, ou encore les effets et les comportements de l’œuvre.

 

 

Spécificité des œuvres d’art médiatique

 

Les œuvres d’art médiatique utilisent une grande variété de technologies. Elles produisent plusieurs types d’effet et possèdent plusieurs types de comportements. Elles sont variables et se transforment avec le temps. Ces trois grandes caractéristiques requièrent et produisent une documentation spécifique adaptée.

 

Les œuvres d’art médiatique reposent sur des technologies et utilisent des dispositifs variés, adaptés ou même créés par l’artiste et ses collaborateurs. On retrouve plusieurs grandes familles de technologies telles que l’informatique, l’électromécanique, la robotique ou la réseautique. Elles peuvent être analogiques ou numériques, elles sont souvent multimédias, et contiennent des images et du son, analogique ou numérique, fixe ou en mouvement, préexistant ou généré en direct, etc.

 

Les œuvres d’art médiatique produisent des effets de nature variée. Ces effets sont perceptuels, tels le son, la lumière, la couleur, le mouvement. Ils sont souvent combinés et sont produits par une grande variété de composants et de dispositifs. Ces œuvres ont également des comportements. Elles peuvent, par exemple, être interactives, processuelles, procédurales, programmatiques, distribuées, hybrides, migrantes, immatérielles ou collaboratives. Elles peuvent également combiner certains de ces comportements.

 

Les œuvres d’art médiatique sont également variables dans le temps, car elles connaissent, au cours de leur existence, des changements, des transformations ou des mutations de natures diverses. Les causes de ces changements sont multiples. Elles sont parfois inhérentes à leur concept, comme dans le cas des œuvres Web, fortement participatives, où l’état de l’œuvre se modifie constamment, sous l’effet des interventions des « usagers-spectateurs ». Mais la cause principale de cette variabilité tient au fait que la plupart de ces œuvres auront, un jour ou l’autre, à faire appel à d’autres technologies pour continuer à produire leurs effets, et devront donc subir des migrations et des changements de composants. Ces changements sont rendus possibles et acceptables dans le contexte où l’essence même de ces œuvres se trouve davantage dans leurs comportements et dans les effets qu’elles produisent, plutôt que dans la matérialité de leurs composants.

 

 

LE MODÈLE DOCUMENTAIRE DOCAM

 

Chaque document à l’intérieur du Dossier numérique de l’œuvre est traité et décrit selon des normes bibliographiques et/ou archivistiques. Une attention particulière est portée à l’identification des auteurs, des dépositaires et de tout autre agent impliqué dans la chaîne de production de ressources documentaires. Étant donné qu’une même personne peut exercer plusieurs rôles, le lien entre l’agent et les documents est identifié et qualifié. Les regroupements organiques de documents (provenance, classement d’origine, etc.) à l’intérieur du Dossier numérique de l’œuvre sont aussi identifiés sous forme de groupes. La structure de classement du modèle documentaire de DOCAM fournit un cadre de classement additionnel aux documents qui composent le Dossier numérique de l’œuvre.

 

Le modèle documentaire de DOCAM s’organise autour de deux axes : le cycle de vie de l’œuvre et la description hiérarchisée de l’œuvre.

 

Cycle de vie de l’œuvre

 

Conséquence des différentes modalités de variation (technologie, effets, forme, et dans le temps), les œuvres d’art médiatique suivent en général des cheminements de vie très dynamiques et variés.

Le cycle de vie des œuvres tel que proposé par le modèle documentaire de DOCAM repose sur quatre types d’événements dont la nature des activités impliquées génère de la documentation de façon organique. Ces grandes catégories sont à leur tour sous-divisées dans le but de permettre l’association des documents à des activités plus précises à l’intérieur de chaque étape, ajoutant ainsi une couche d’information contextuelle supplémentaire utile à l’interprétation des documents.

Les événements du cycle de vie des œuvres sont ainsi :


• La création [1] de l’œuvre : la définition des concepts mobilisés et leur mode d’articulation (conception), la définition du mode de manifestation et la production des éléments nécessaires à la manifestation de l’œuvre (matériels, environnementaux, etc.).


• La diffusion de l’œuvre : toutes les stratégies employées pour présenter, ou faire connaître l’œuvre. Encore que la diffusion des œuvres d’art médiatique se fasse le plus souvent par le biais des expositions, le modèle documentaire préconise l’intégration de toute modalité alternative ou émergente ayant pour but de favoriser l’interaction du public avec l’œuvre. Les activités liées à la diffusion sont le montage, l’affichage, le démontage et la réception critique. À ces étapes peut s’ajouter, selon la nature et le niveau de pérennité des composants de l’œuvre, la production des éléments nécessaires à la manifestation de l’œuvre pour l’activité de diffusion en question.


• La recherche : regroupe toutes les activités d’étude ou d’analyse critique de l’œuvre, ses composants ou des sources connexes, sans lien avec un événement de diffusion.


• La « responsabilité » ou la détention de l’œuvre : comprend les différentes modalités de responsabilité, garde et préservation liées directement ou indirectement à la propriété de l’œuvre et exercées, le plus souvent, par l’artiste, un collectionneur ou une institution patrimoniale telle qu’un musée. Cette catégorie comprend les étapes d’acquisition (ou dépôt), de catalogage (ou documentation), de gestion et mise en valeur et de conservation de l’œuvre.




Figure 1 - Événements du cycle de vie de l’œuvre selon le modèle documentaire de DOCAM


Ces grandes catégories d’événements forment des modules qui peuvent être ajoutés au Dossier numérique de l’œuvre au fur et à mesure que de nouveaux événements se succèdent.

En vue de favoriser l’application du modèle documentaire à des pratiques artistiques les plus variées (VOIR GRILLE TYPOLOGIQUE DOCAM), le choix des mots clefs pour décrire les événements et activités du cycle de vie de l’œuvre est basé sur les concepts les plus généraux et inclusifs

Description hiérarchisée de l’œuvre


Les œuvres d’art médiatique peuvent avoir de multiples « existences » parallèles. Ces déploiements peuvent prendre la forme de multiples versions, éditions, copies, pour ne mentionner que les plus courantes.

Pour tenir compte de toutes les itérations possibles de l’œuvre et des changements qui peuvent survenir à l’œuvre et à ses composants à chaque étape du cycle de vie, nous proposons l’adoption du modèle de description d’œuvre proposé par le Groupe de travail IFLA [2] sur les Spécifications fonctionnelles des notices bibliographiques [3]. Plus connu par son acronyme anglais FRBR, ce modèle propose une structure hiérarchique de description de l’œuvre allant d’un niveau générique à des niveaux successivement plus granulaires :


• l’œuvre, « une création intellectuelle ou artistique déterminée »
• l’expression ou « la réalisation intellectuelle ou artistique d’une œuvre »
• la manifestation ou « la matérialisation de l’une des expressions d’une œuvre »
• l’item, « un exemplaire isolé d’une manifestation »


Selon le modèle proposé par FRBR, « les entités […] [œuvre, expression, manifestation et item] représentent les différents aspects de ce qu’un utilisateur peut trouver dans les produits d’une activité intellectuelle ou artistique. Les entités définies comme œuvre […] et comme expression […] en expriment le contenu intellectuel ou artistique. Les entités définies comme manifestation […] et comme […] [item], à l’inverse, en expriment la forme matérielle. [4] »

À ces niveaux de description, nous proposons l’ajout d’un niveau encore plus spécifique, le composant. Cela se justifie dans la mesure où les composants sont au cœur même des changements que subiront la plupart des œuvres d’art médiatique. L’ajout de ce niveau favorise ainsi l’identification et le regroupement des documents faisant référence à un composant spécifique de l’item, ce qui facilite le suivi des modifications qui lui auront été apportées tout au long de son existence.

Chacun des niveaux de description de l’œuvre peut se déployer de façon modulaire pour refléter les itérations de l’œuvre ou les changements dans les composants à mesure qu’ils se succèdent.

 

 

Figure 2 - relation entre les niveaux de description de l’œuvre selon le modèle documentaire de DOCAM

 

 

CONCLUSION

 

Dans son état actuel, le Modèle documentaire de DOCAM se présente sous la forme d’une visualisation permettant d’explorer les relations entre les documents d’un dossier documentaire, les moments du cycle de vie de l’œuvre, les itérations de l’œuvre et les agents-producteurs. Cette visualisation s’applique à six œuvres ayant fait l’objet d’études de cas dans le cadre des travaux de DOCAM. Pour le moment, ces visualisations restent statiques et ne reposent pas sur une base de données. Bien entendu, les concepts du Modèle documentaire de DOCAM devront se développer davantage.

 

Parmi les étapes à compléter se retrouve d’abord l’élaboration d’une base de données relationnelle pouvant accueillir les informations et les relations propres au Modèle. Ensuite, le Modèle idéal devra être collaboratif et ouvert, afin de permettre à tous les agents de renseigner les Dossiers documentaires des œuvres qui les concernent et de mettre à jour les informations, durant l’évolution de l’œuvre et de son cycle de vie, car il y aura toujours de nouveaux documents, de nouveaux moments dans le cycle de vie et de nouvelles itérations de l’œuvre.

 

Une autre lacune de l’état actuel de la recherche porte sur les usages des documents. La méthodologie et les expériences concrètes de recherche auprès des études de cas n’ont pas permis de recueillir les données pertinentes aux divers usages et usagers des documents. Le développement de l’aspect collaboratif pourrait combler, au moins en partie, cette lacune en permettant aux agents-usagers de laisser des traces des usages qu’ils font des documents.

 

Deux autres limites de l’état actuel de la visualisation sont à mentionner : l’impossibilité de « naviguer » dans la documentation par agents et le fait que n’ayant pas obtenu toutes les permissions de la part des ayants droit, les documents répertoriés ne sont pas tous accessibles en ligne.

 

Un des buts du Modèle documentaire de DOCAM est de sensibiliser les diverses personnes (tant celles qui produisent que celles qui utilisent des documents) impliquées dans l’écologie documentaire, afin qu’elles réalisent l’importance de leurs propres rôles et implications, ainsi que l’utilité de chaque document.

 

Nous vous invitons à découvrir le Modèle documentaire de DOCAM en explorant les visualisations que nous mettons à votre disposition. Nous vous invitons également à nous faire parvenir vos commentaires et réflexions et à communiquer avec nous si vous avez des questions ou si vous souhaitez utiliser vous-même ce Modèle ou encore participer avec nous à son développement!

 

 


[1] Ce mot et les mots cliquables suivants sont des mots clefs du modèle documentaire (définition dans le Glossaurus DOCAM)

[2] IFLA - Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques

[3] Spécifications fonctionnelles des notices bibliographiques : rapport final / Groupe de travail IFLA sur les Spécifications fonctionnelles des notices bibliographiques. — Édition française / établie par la Bibliothèque nationale de France. — Paris : Bibliothèque nationale de France, 2001. Trad. de : « Functional requirements for bibliographic records », éd. à Munich, Saur, 1998 (ISBN original : 3-598-11382-X) :

http://www.ifla.org/en/publications/functional-requirements-for-bibliographic-records

[4] Ibid. p.17/124.