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Data sheet (Event):

Regarder 24 Hour Psycho chez Dazibao

Title of event
Regarder 24 Hour Psycho
Start date
2009-02-28
End date
2009-04-04
Event location
Dazibao, 4001, rue Berri, espace 202
Type of event
Exposition
Participation method
Analyse
Theme
6- Museum practices for works featuring technological components

Observer: Marjorie Grenier-Massicotte

Le centre de photographies actuelles Dazibao présente, du 28 février au 4 avril 2009, Regarder 24 Hour Psycho de l’artiste montréalaise Sophie Bélair Clément. Récemment diplômée de la maîtrise an arts visuel et médiatique de l’UQAM, Bélair Clément œuvre essentiellement dans le domaine de la performance. Dans une collaboration avec Olivier Girouard, membre du collectif Ekumen à Montréal, elle propose un projet où se côtoient vidéo et son.

Regarder 24 Hour Psycho prend à la fois la forme d’une performance et d’une installation dans laquelle l’artiste tente de reconstituer un extrait de l’œuvre 24 Hour Psycho (1993) de Douglas Gordon. Véritable incontournable de l’art vidéo, l’œuvre de Gordon propose un étirement du film Psycho (1960) d’Alfred Hitchcock, qui s’échelonne sur 24 heures. La célèbre bande sonore de Psycho a été abandonnée, laissant de cette manière une œuvre dénudée de toute charge émotive.

L'exposition investit les deux salles de Dazibao. Dans le premier espace, véritable « White Cube » presque entièrement vide, un moniteur d’allure ancienne émet de lentes sonorités. L’orchestre a rejoué la bande sonore du film d’Hitchcock en suivant le rythme lent de l’œuvre de Gordon. Les musiciens ont travaillé de mémoire, c’est-à-dire qu’ils ont réinterprété la musique sans même visionner la scène du meurtre en même temps. Ils ont dû écouter la bande sonore à répétition pour la mémoriser et en retenir les moindres subtilités. Dans la deuxième salle, espace clos et sombre, un petit écran projette la performance de Sophie Bélair Clément, qui restitue la scène du meurtre 24 Hour Psycho. En fait, l’artiste s’est mise dans la peau de Marion Crane en mimant, au même rythme étiré que dans l’œuvre de Gordon, la mythique scène du meurtre sous la douche. Ainsi, toute la charge émotive évacuée dans l’œuvre de Gordon est retrouvée. Malgré la rythmique lente des gestes de la performeuse, il est impossible de reproduire les effets créés par ralentissement vidéo. Les sonorités de la première salle viennent se coordonner à la vidéo.

Cette œuvre agit comme une double mise en abime, évoquant à la fois le classique cinématographique d’Hitchcock et l’œuvre médiatique de Gordon. Dans une perspective artistique très subjective, l’artiste documente et crée un discours à partir du travail de deux prédécesseurs. Bélair Clément agit ainsi comme générateur d’information en réinterprétant deux œuvres : une cinématographique et une de l’art vidéo. Elle vient ajouter aux propos théoriques entourant ces œuvres, jouant ainsi un nouveau rôle dans l’histoire de l’art pour reprendre une idée du texte de Jessica Santone. En effet, dans cet article, Santone explore les questions d’authenticité et de documentation de la performance par la « re-performance ». La performance, éphémère par sa nature, amène un changement de paradigme quant à la question de pérennité en art.

Regarder 24 Hour Psycho informe donc sur 24 Hour Psycho de Douglas Gordon, et sur Psycho d’Alfred Hitchcock. Dans le cadre d’une stratégie documentaire, il serait pertinent de lier les œuvres entre elles. Par exemple, dans une situation où Regarder 24 Hour Psycho devrait être cataloguée, il serait juste d’ajouter les titres de 24 Hour Psycho et de Psycho dans l’indexation, car chacune des trois œuvres ajoutent au corpus documentaire des autres.

Le travail de Sophie Bélair Clément n’est pas forcément axé sur une intentionnalité documentaire, mais nous amène à réfléchir sur la question de réinterprétation des œuvres d’art médiatiques. L’histoire de l’art nous a montré que l’émulation, qui pousse un artiste à se surpasser, est pratique courante. Poser un regard sur ses semblables, citer ses prédécesseurs pour se positionner par rapport à eux est souvent fait par des références iconographiques. Cette émulation, qui ici n’est pas comprise d’un point de vue technologique, deviendrait particulièrement pertinente dans le cas où les œuvres réinterprétées ne pourraient plus être exposées. N’est-ce pas une stratégie souhaitable de redonner vie à certaines œuvres dont les composantes ne seraient plus fonctionnelles par le biais d’autres créations nouvelles? Ainsi, un artiste évite l’erreur de la reconstitution pure, procédé qui ne parvient presque jamais à reconstituer l’authenticité de l’œuvre originelle. La réinterprétation permet la génération d’un nouveau discours, redonnant ainsi une toute nouvelle essence à l’œuvre initiale.

Regarder 24 Hour Psycho questionne la réappropriation et la réinterprétation de l’art vidéo et du cinéma par le biais des arts médiatiques. La mise en exposition sobre laisse place à une œuvre qui occupe l’espace à la manière d’une installation, à mi-chemin entre la vidéo et la performance. Inclassable, esthétique et intéressant!

Links:

Dazibao, Centre de photographies actuelles. Expo en cours
[En ligne] (page consultée le 1er mars 2009)

Santone, Jessica. « Marina Abramovic´’s Seven Easy Pieces: Critical Documentation Strategies for Preserving Art’s History»
[En ligne] (page consultée le 1er mars 2009)


Sandin Image Processor
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